Laissez partir vos enfants !

 

Il y a une petite trentaine d’années, j’ai fait la connaissance  d’une personne que je nommerais  Serge. Chaque soir je sortais mon chien et chaque soir je croisais serge qui lui aussi  promenait son chien.

Nous avons fini par entamer la conversation, tout en regardant nos chiens courir dans le petit bois. Nous discutions de tout et de rien, c’est comme ça que j’ai appris qu’il était policier. Après plusieurs semaines, Serge m’a invité à prendre un café chez lui. Je m’y suis rendu le lendemain. Son appartement était un trois pièces. Son épouse n’était pas encore rentrée du travail, je me suis assis sur un fauteuil pendant que lui préparait le  café.

En l’attendant, j’ai remarqué qu’une petite fille était là, je l’a nommerais  Virginie. Elle me regardait, elle était légèrement sur ma droite. Elle portait une jolie petite robe bleue ciel à poids blanc, des socquettes blanches et de petites chaussures blanches également. Elle ne devait pas avoir plus de quatre ans. Elle était brune, cheveux mi- longs raides et pas très épais. Une gentille petite fille, mais…très tourmentée.

Lorsque Serge est revenu avec le café, Virginie est venue s’assoir sur mes genoux. Elle était blottie contre moi, et n’arrêtait pas de me parler. Je n’entendais rien de ce qu’elle me disait ! J’ai demandé à Serge s’il avait eu un enfant avec sa femme. Il a beaucoup hésité à me répondre puis, il a fini par me dire qu’avec sa femme ils avaient eu un enfant. Je lui ai demandé si c’était une fille, il m’a répondu oui, et m’a expliqué qu’elle était morte à l’âge de trois ans d’une maladie, il n’est pas entré dans les détails. Je lui ai alors annoncé que j’étais médium, et que sa fille était assise sur mes genoux.

Serge était très cartésien, et ne croyait qu’en ce qu’il voyait. Il a donc été très réticent à ce que je venais de lui dire. Je lui ai donc fait une description de sa fille, et lui ai dit qu’elle était là, assise sur moi. Il a été très surpris par l’exactitude de ce que je lui disais, mais il refusait toujours d’y croire. Voyant que son père refusait de croire en ce que je lui disais, Virginie est descendue de sur moi, et s’est mise à me tirer par le bras pour que je me lève. Visiblement elle voulait m’emmener quelque part.

J’ai expliqué à son père ce que sa fille faisait, et l’ai invité à nous suivre. Virginie m’a tiré dans le séjour, puis est passée au travers d’un mur. Elle m’invitait à faire de même. Je lui ai fait comprendre que je ne pouvais pas passer au travers des murs, alors elle a fait demi-tour et m’a emmené dans une pièce. Dans cette pièce, il y avait une armoire, une table à repasser, une chaise, des cordes pour faire sécher les vêtements et du linge qui attendait d’être repassé. Cette pièce était une buanderie.

C’est alors que Virginie m’en a donné une autre vision. Progressivement  tout ce qui était dans la buanderie s’est mis à disparaitre. Devant moi, je n’avais plus la table à repasser, mais un lit d’enfant à barreaux. Sur le mur à ma gauche, il y avait une petite armoire à deux portes, elle était rose avec une peinture du Petit Prince. Derrière moi, il y avait un coffre à jouet avec sur le couvercle des poupées.

J’ai expliqué à Serge ce que me montrait sa fille. Il était dubitatif, mais ne refusait pas ce que je lui disais. Il a fini par me dire qu’il n’y avait aucune erreur, que tout était bien là où je le disais. Il m’a expliqué aussi qu’à la place du mur où sa fille avait voulu me faire passer, il y avait une porte qu’il avait condamnée et retapissée. Que la robe et les chaussures que Virginie portait, étaient les vêtements qu’elle avait lorsqu’elle a été enterrée.

Serge était très retissant, mais…il n’avait plus d’autre choix que d’accepter ce que je lui disais. Nous sommes ensuite retournés dans le salon, Virginie s’est de nouveau assise sur mes genoux. Elle était très excitée et malheureuse en même temps. Elle me montrait avec une certaine colère, un tonneau de bois qu’il y avait dans la pièce. Elle me faisait comprendre que ce tonneau, son père devait s’en débarrasser. J’ai dit à Serge ce que sa fille me faisait comprendre, il m’a expliqué que ce tonneau était un bar, que sa femme et lui invitaient souvent des amis, et qu’une fois  éméché il se disputait souvent avec sa femme. Il comprenait donc très bien la demande de sa fille et m’a dit qu’il allait se séparer de ce bar.

Je lui ai ensuite expliqué que sa fille était triste, car ses parents ne voulaient pas la laisser partir. Ses parents refusaient de tous leurs corps et leurs cœurs la mort de leur fille. C’est pour cette raison que Virginie est encore bloquée entre ses deux mondes, sans avoir la possibilité d’évoluer, elle désirait continuer son chemin. Elle me demandait d’expliquer à son père, qu’elle continuerait de l’aimer toujours. Que ce n’est pas parce qu’elle évolue, qu’elle en oublie d’aimer, tout au contraire ! Plus elle grandi, et plus son amour est fort.

J’ai fait l’interprète entre Virginie et son père, mais…j’ai très bien senti, malgré qu’il fût en accord avec sa fille, qu’il ne ferait rien, qu’il entretiendrait sa douleur de peur de perdre sa fille. Virginie s’est levée, elle est allée voir son père et lui a caressé sa joue gauche. Serge était très ému, et une grande douleur remontait en lui, la perte de sa fille.

Je n’ai plus insisté ensuite, je ne lui ai plus parlé de sa fille qui était toujours là. Et lui d’ailleurs, ne m’a pas posé de question. Nous avons fini notre café puis, je suis rentré chez moi.

Après ce soir-là, je n’ai plus jamais revu Serge. Sans doute avait-il changé l’heure de sortie pour ne plus me rencontrer. La souffrance de ce père était tellement grande, qu’il préférait garder sa fille avec lui, au lieu de lui laisser faire sa… « vie ».

 

Si je vous partage cette rencontre c’est pour vous dire que si comme Serge vous avez perdu un être proche pour lequel vous aviez beaucoup d’amour, si votre souffrance est grande au point de refuser sa mort et donc de refuser son évolution, vous pouvez continuer de témoigner votre amour à cet être, en le laissant aller.

Car le véritable amour, c’est bien cela,  vouloir le bonheur de l’autre. Même si ce bonheur consiste à le laisser partir, alors…FAITES-LE !

 

En laissant partir ce proche décédé, vous lui donnez la possibilité d’évoluer, et donc d’être plus proche de vous, en toute liberté.