VIE ANTERIEURE (PREHISTOIRE)

 

Depuis quelques années, je consigne sur des feuilles ou des pages de mon ordinateur, des souvenirs qui me reviennent de vies antérieures.

Le premier souvenir d’une vie antérieure, remonte maintenant à de nombreuses années.  J’emploie le mot souvenir, quand toi tu parlerais de rêve.

Ce souvenir se manifestait la nuit, pendant mon sommeil, précisément à 3h00 du matin. Cela a duré plusieurs semaines, un peu comme s’il s’agissait d’une série télévisée où chaque jour tu regardes l’épisode suivant. Aujourd’hui, bien des années se sont écoulées, mais ce souvenir demeure toujours bien présent en moi, comme si je venais de le vivre hier.

Il est temps à présent de planter le décor !

Je me retrouvais devant un paysage magnifique, fait de verdure luxuriante, de très hautes herbes, d’arbres massifs, de vallons, de collines dont certaines étaient recouvertes d’herbes hautes, et d’autres qui offraient à la vue la roche dont elles étaient constituées. Il n’y avait aucune maison dans ce paysage, rien qui puisse faire penser que des humains pouvaient vivre là.

Dans mon souvenir, il y avait deux tribus. Une tribu qui vivait et dormait dans les arbres, afin de se protéger des prédateurs, et une deuxième qui elle, vivait dans une grotte. Cette grotte protégeait ses occupants des intempéries et des prédateurs.

Je situerais l’époque de ce souvenir à l’âge de pierre, peut-être plus ancienne que ça encore ! Alors même que je suis en train d’écrire ce texte, une petite voix me souffle que cette vie devait se situer il y a plus de…170000 ans. Pourtant, ce que je perçois de moi dans cette vie antérieure, n’a rien de comparable avec la description qui est faite des homos sapiens de la préhistoire.
Hormis les traits durcis par les conditions de vie de l’époque, nous étions quasi identiques à ce que nous sommes aujourd’hui. 

Lorsque commence ce souvenir, j’étais un petit garçon d’une dizaine d’années. J’étais vêtu la plupart du temps d’une peau de bête, mais j’adorais également être nu. J’avais une épaisse chevelure, remplie de poux ! Cela je le sais, car je passais beaucoup de temps à me gratter la tête. J’effectuais presque les mêmes tâches que les adultes. J’apprenais à tailler les pierres, et j’accompagnais les adultes à la chasse. J’avais une grande chance comparé à ce que vivaient la plupart des enfants, qui était celle de ne pas souffrir de la faim, même lorsque la chasse avait été mauvaise. Et cela je le devais à ma mère dont je tétais encore le lait, car j’avais une   petite sœur en bas âge.

J’ai vécu plusieurs nuits ce souvenir en ayant le même âge, jusqu’à cette nuit où j’ai remarqué que j’avais grandi.
Je devais avoir alors une quinzaine d’années, tout au plus, et j’étais donc devenu adulte. Je participais à  protéger le clan contre les prédateurs et je chassais. J’ai remarqué que la pêche ne faisait pas partie de nos activités. Je ne participais pas non plus à la cueillette, car cela était réservé aux femmes.
Nous n’avions aucun contact avec la tribu des arbres. Nous n’avions aucune notion du temps. La nuit, nous dormions car le ciel était trop sombre pour la chasse, et nous nous protégions en même temps des prédateurs. Nous mettions des branchages à l’entrée de la grotte afin d’en protéger l’accès. Lorsque l’orage et la pluie étaient trop forts  pour nous permettre de chasser, nous nous consacrions à la taille des outils, ceux destinés à la chasse et ceux destinés à d’autres travaux.

Je me souviens que j’avais une femme, et que notre premier enfant était une fille. Il était fréquent à cette époque lorsque la vie ne nous permettait pas de nourrir une famille, de tuer le premier enfant s’il s’agissait d’une fille, car celle-ci ne pouvait être utile à la chasse ou à d’autres travaux. C’est ce que je fis. Je pris notre fille par les pieds, et lui frappa la tête contre une roche de la grotte. Ensuite, je la déposai non loin de là. Son corps n’avait pas le temps de se décomposer car elle servait de repas aux animaux carnivores.

Nous n’éprouvions aucune émotion de tristesse car nos ancêtres, qui le tenaient eux-mêmes de leurs ancêtres,  nous enseignaient que tout être qui vit sur cette Terre était appelé à mourir, et que cette mort nous conduisait vers des terres plus riches pour la chasse. Ils ajoutaient que la mort était naturellement associée à la vie, elle en était un des composants. La mort n’était donc pas perçue comme quelque chose de  triste, car nous n’avions aucune idée de ce que pouvait être le manque d’un être cher pas exemple.

Le manque est une notion liée au temps, or comme nous n’avions pas de notion du temps, nous ne pouvions ressentir le manque. Ce que nous ressentions se rapproche plus du sentiment d’absence ; nous gardions le souvenir de la personne à laquelle nous pensions, en sachant que nous ne pouvions plus ni la voir, ni la toucher, ni l’entendre, ni la sentir. Nous n’avions aucune pensée quant à ce que nous n’allions pas pouvoir vivre ou faire avec cette personne. Car ces pensées sont liées au futur et à l’avenir, qui étaient des notions que nous ignorions, puisque le temps nous était étranger.

Plus tard, j’ai eu deux garçons et une fille.

A dix ans, mes fils étaient une grande source de fierté pour moi car ils chassaient à mes côtés.
Je connaissais leur âge grâce au nombre de saisons qui s’étaient écoulées depuis leur naissance.
Nous n’utilisions pas le mot saison, nous les désignions par l’âge de la vie qui pousse sur les arbres, puis l’âge pour cueillir des baies, chasser du petit gibier, l’âge où les feuilles tombent et où commence la chasse aux mammouths auxquels nous donnions le nom de grands nez. Puis, l’âge du froid, la période la plus difficile, sauf si nous avions eu la chance que nos ancêtres aient mis un mammouth au bout de leurs lances. La nuit, pendant cette période de froid, nous nous  regroupions tous ensemble sous d’épaisses couches de peau afin de pas mourir de froid pendant la nuit.

Pendant une chasse aux grands nez, je courrais après une femelle qui était ralentie par le poids du petit qu’elle portait en son ventre. Je n’étais pas vraiment attentif à ce que je faisais, je regardais avec fierté mes fils qui me suivaient. Tout en courant la lance à la main, je me suis coincé le pied dans une racine, et je suis tombé. Un mammouth qui me suivait et que je n’avais pas vu a posé son énorme pied sur ma jambe droite et dans un bruit assourdissant, j’ai entendu mes os se briser.


Evénement dont mon corps gardera la mémoire et qui se révèlera à moi dans une autre vie ; vous comprendrez le sens de cette phrase un peu plus loin.


Mes enfants et les autres chasseurs ont tué la femelle. Ils l’ont dépecée, et mis les morceaux au fond de la grotte. Nous avions désormais de la nourriture pour la saison froide.
Mes fils m’ont conduit à la grotte, puis un sorcier a couvert ma jambe de boue et de feuillages savamment choisis. Cette préparation a bien facilité la cicatrisation des plaies, mais…les fractures que j’avais se sont consolidées comme elles ont pu. Si bien, que je souffrais énormément et que je pouvais à peine marcher.

L’âge de la terre blanche, des arbres endormis et du froid qui nous piquait la peau (ce que tu appelles l’hiver s’est installé. Nous avions fait une bonne réserve de bois, non pas pour le brûler, car nous ne savions pas faire de feu, et d’ailleurs nous en avions très peur. Le bois servirait à fermer l’entrée de la grotte, pour que les animaux et le froid n’entrent pas.
Au milieu de l’hiver, la faim nous tiraillait le ventre, le froid nous brûlait la peau. Des chasseurs partaient pour trouver de la nourriture, mais ne revenaient qu’avec de petites prises.
Cela nous donnait à peine de quoi vivre. Ne pouvant plus aller chasser à cause de ma jambe fracturée, je restais dans la grotte  pour dépecer la viande.

Ma jambe me faisait donc souffrir énormément. Je me sentais inutile, je me sentais diminué car je ne pouvais plus faire ce que je faisais auparavant. Je devenais de plus en plus irritable, jaloux de mes enfants, de ma femme, de tous ceux de ma tribu qui se portaient bien. Je me supportais de moins en moins.

J’ai fini par perdre l’appétit, je m’alimentais de moins en moins, d’une part du fait de la douleur, mais aussi parce que je me disais que je ne méritais pas cette nourriture que je n’avais pas chassée.

Tout doucement, je me suis très vite affaibli et, un jour d’hiver je suis mort. J’ai emmené avec moi toute ma rancœur, ma colère, la déception de moi-même.

Aujourd’hui, je comprends tout le sens de ce  souvenir. Et vous allez comprendre pourquoi j’ai évoqué plus haut cette mémoire du corps.

Dans cette incarnation, je suis né avec une maladie génétique, un problème d’os et de croissance. Très tôt j’ai  eu des problèmes de santé, entre autre ma jambe droite plus courte de 7 centimètres que la gauche.

J’ai passé toute ma jeunesse à boiter. De nombreux sports m’étaient inaccessibles. Mes camarades de classe ne cessaient de se moquer de moi. On m’appelait ‘patte folle’, ‘canard boiteux’…
Ma scolarité a été fortement perturbée du fait des absences fréquentes, dues aux diverses opérations chirurgicales qu’il m’a fallu subir. Très jeune j’ai compris que mon handicap ne devait pas faire de moi une personne aigrie, et que je ne devais pas le prendre comme une malédiction, car si tel était le cas, j’en serais malheureux toute ma vie.

Aujourd’hui, j’ai accepté cette ‘différence’, j’ai compris qu’en vouloir aux autres et à moi-même ne changerait rien à ma situation, si ce n’est que de la voir sous son seul aspect négatif. Aujourd’hui, je suis heureux, et j’apporte du bonheur à ceux qui m’entourent.

Le souvenir  de ma vie antérieure m’a été utile en cela ; il m’a permis de comprendre que s’aimer soi, c’est aussi aimer sa différence, même si cette différence est un handicap.